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“Smart” is the “New deal”.

“Smart” is the “New deal”.

Tandis que les années 2000 marquent l’apogée du développement durable, la décennie suivante introduit massivement le mouvement du “smart” (buildings / cities) dans nos vies. Les villes et leurs bâtiments, quels que soient leurs usages ou leurs programmes, se doivent désormais d’être “intelligents”. Pour minimiser leur empreinte environnementale et énergétique bien sûr, mais aussi pour stimuler les pratiques et optimiser les usages. Et idéalement, pour faire de ses utilisateurs des “consommacteurs” - mot-valise qui rend compte du brouillage recherché (consciemment ou inconsciemment) entre opérateurs et usagers-.

Si les définitions de la smart city ou du smart building ne font pas encore l’objet d’un contour précis et consensuel, on sait un certain nombre de choses sur la ville et les bâtiments intelligents. Ils reposent tout d’abord sur “l’usage intensif des Technologies de l’Information et de la Communication”, hybridées avec le monde réel et les pratiques physiques donnant naissance à une forme de “réalité augmentée” (Antoine Picon, Smart Cities. Théorie et critique d’un idéal auto-réalisateur). On sait également que leur avènement correspond à la captation par de nouveaux acteurs économiques -fournisseurs de technologies et de services (CISCO, Siemens, IBM, Eiffage Phosphore, Audi…) - du sujet de la ville et des bâtiments intelligents. On sait enfin que leur déploiement rapide correspond à une ambition à peine voilée de faire de la ville un “produit” générateur de valeur ou d’externalités commerciales. Les expérimentations de Masdar, Songdo ou Facebook et Amazon company towns en sont des exemples probants. La préparation d’un référentiel, d’une norme ou d’un label “Smart” équivalent potentiel au HQE ou BREEAM en dit long sur la volonté de généraliser rapidement le développement de ces bâtiments intelligents dans nos vies.

Si certaines innovations liées au mouvement smart imposent aux concepteurs de modifier leurs pratiques pour répondre favorablement aux nouvelles attentes des utilisateurs, d’autres paraissent plus limités ou au service d’un but étranger à toute logique architecturale (management, tracking des utilisateurs…). Leur généralisation rapide impose aux concepteurs (architectes, urbanistes, programmistes, sociologues, ingénieurs…) de revoir leur posture et de s’interroger sur leur rôle dans la construction de ce mouvement. Se posent alors deux questions fondamentales à laquelle chacun tente de répondre à sa manière : comment discerner dans ce mouvement très large les éléments structurants et positifs à intégrer dans la manière de concevoir la ville et les bâtiments ? Et quelles sont les incidences pour les concepteurs et les usagers dans la manière de vivre ou d’utiliser leur quartier / logement / bureaux ? Pour tenter d’amorcer la discussion sur ce sujet complexe, laissons tout d’abord -et pour aujourd’hui- l’exploration de la “smart city” pour se concentrer uniquement sur les questionnements associés au “bâtiment intelligent”.

Petit retour en arrière. Deux bouleversements majeurs de nos sociétés ont rendu possible l’émergence rapide du mouvement “smart” dans le bâtiment :

Le développement et la généralisation des technologies de l’information individualisées, dont le smartphone et ses applications que chacun possède sont les emblèmes les plus visibles ; la crise conceptuelle, organisationnelle et professionnelle que traversent les acteurs “traditionnels” de la production immobilière (architectes, promoteurs, investisseurs, élus, etc…). Si le premier correspond à un mouvement conjoncturel rapide, initié en 1995 avec l’émergence des NTIC dans le monde de l’entreprise, puis dans chaque foyer ; le second témoigne plutôt de l’incapacité des concepteurs à produire, dans le même temps, toute nouvelle forme d’innovation architecturale et de rupture dans la production de nouveaux espaces de travail adaptés à l’ère du numérique. Focalisés sans doute sur la nécessité de répondre aux enjeux du développement durable dans la construction ou incapables de comprendre les modifications sociologiques de notre rapport au travail initiées par ces technologies. Le résultat est aujourd’hui assez éloquent. Les smarts buildings sont aujourd’hui initiés, coconçus et gérés par d’autres acteurs que les architectes : fournisseurs de solutions IT, développeurs informatiques, space-planners… Leur imposition dans le paysage urbain s’est faite sur un double mouvement imparable : une meilleure compréhension des évolutions du monde de l’entreprise et des salariés à l’ère du digital et une capacité à proposer des réponses systémiques efficaces dans le domaine des économies d’énergies et des services environnementaux. Un blanc-seing technico-serviciel efficace pour s’affirmer comme un acteur incontournable de la production immobilière.

n°16
WaMe 16
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