We.You.

Magazine.

Concevoir pour innover et innover pour concevoir

Concevoir pour innover et innover pour concevoir

L’innovation s’est imposée en quelques années comme un impératif permanent, auquel les entreprises, les territoires et finalement chacun d’entre nous est confronté. Par essence, l’innovation est disruptive et commande les cycles de croissance.

Une croissance, qui avec la mondialisation des échanges et la diffusion élargie des modes d’information et de communication, s’impose à nous à un rythme de plus en plus rapide. Ainsi largement diffusée, l’innovation est aujourd’hui davantage une méthode, un mode d’organisation permanent : la généralisation du « mode projet » ou du « design thinking » en sont la meilleure marque.

Au sens large, “l’innovation” ne veut rien dire. Pour les sciences cognitives, elle est la résultante d’un processus complexe auquel nous nous soumettons tous dans notre vie quotidienne ou professionnelle. Dans chaque action que nous entreprenons, nous développons un raisonnement cartésien qui vise à améliorer nos pratiques pour les rendre meilleures, plus efficaces ou pour faire différemment. A “innover” pour progresser en quelque sorte.

Dans le domaine scientifique et le monde de l’entreprise en général, l’innovation est généralement associée au processus de recherche et développement qui emprunte, - quelle que soit la discipline visée - une méthode d’association de compétences et d’échanges pour faire naître collectivement une solution nouvelle.

Dans le domaine technologique et manufacturier, l’innovation consiste à satisfaire ou créer un besoin nouveau en convoquant des disciplines hétérogènes (du marketing à l’ingénierie des matériaux, des sciences créatives au management, de la sociologie comportementale à la finance) pour concourir efficacement dans le contexte concurrentiel.

De ces constats, nous retenons que l’innovation, injonction positiviste de ce début de siècle, relève davantage d’un état d’esprit et d’un cadre donné à l’action ; et non d’un impératif de résultat. Dans nos organisations, ce cadre est donné par la stratégie, le management mais aussi par nos outils. Parmi ces outils : le lieu de travail.

La production spatiale - qui englobe plus largement l’architecture - connaît la même destinée. Elle utilise des méthodes et des techniques constructives stables, codifiées, éprouvées qui s’inscrivent dans des processus longs, emprunts de réglementation.

La démarche « créatrice », au coeur de l’intervention des concepteurs, répond imparfaitement aux besoins d’évolutivité et de flexibilité, attendus aujourd’hui.

Dans ce contexte, il devient nécessaire de se poser les questions suivantes : l’architecture peut-elle encore participer à la production d’espaces de travail
innovants et créatifs ? Peut-elle suffisamment se réinventer pour alimenter et non subir ces cycles comportementaux ? Comment peut-on concevoir pour innover et innover pour concevoir?

C’est sur la base de ces questionnements que nous construisons modestement et depuis quelques années une approche et un raisonnement singuliers. Ils visent à articuler conjointement une meilleure prise en compte des besoins et des usages des utilisateurs ; à déceler les innovations de ruptures porteuses de sens ; et à modifier nos méthodes de conception, de réalisation et de montage des projets immobiliers.

Cette approche empirique se concrétise et progresse tous les jours dans des projets comme le B’Twin village, le siège de R&D de Solvay ou le projet d’écosystème industriel du Territoire de Belfort, analysés dans les articles suivants. Ils constituent un terreau fertile pour tenter de répondre mieux aux attentes des utilisateurs, pour donner du sens à l’innovation en se détachant des effets de mode ou des tendances, pour développer des solutions ambitieuses mais réalisables.

Qu’il faut inventer de nouvelles méthodes pour mieux co-concevoir, qu’il faut agréger d’autres disciplines, d’autres connaissances, d’autres points de vue.

Qu’il faut articuler les échelles (spatiales, territoriales et temporelles), la prospective et l’utopie avec la prise en compte des contraintes fonctionnelles ou locales.

Qu’il faut proposer des modalités opérationnelles, financières, de gouvernance renouvelée pour concrétiser l’idée géniale.

Qu’il faut sortir l’architecte d’une posture de concepteur unique tout en pérennisant ses savoir-faire dans l’analyse et la mise en oeuvre de l’espace.

Pour en faire un architecte augmenté , qui rassemble des usagers-concepteurs, au service d’un processus plutôt que d’un projet.

n°17
WaMe 17
Voir les wames