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Val d’Isère 2020, vers une station durable !

Resort 29/03/11 | 17:34

Un «Regards croisés» entre :

M. le Maire de Val d’Isère Marc Bauer et Sébastien Clert, Urbaniste.

Dans le cadre de la politique de requalification de la station engagée depuis plusieurs années, la commune de Val d’Isère mène plusieurs actions dans le but d’inscrire la station dans un mode de développement durable et d’asseoir son statut international. Patriarche & Co assure depuis l’hiver 2008 une mission d’urbaniste conseil auprès des élus de la station de haute montagne de Val d’isère.
La mission porte sur l’élaboration d’un Schéma Directeur d’Urbanisme à l’horizon 2020.

En quoi consiste la requalification de la station ? Pouvez-vous nous parler du schéma directeur d’urbanisme Val 2020 ?

Marc Bauer : Dès l’élection de mon équipe, en Mars 2008, j’ai ouvert le chantier de la réflexion sur l’avenir de Val d’Isère ; il y avait de très nombreux projets dans les cartons de la mairie, pas tous conformes à nos exigences de qualité et à nos intuitions sur l’avenir de la station. Parallèlement, nous sentions bien qu’il fallait redonner un souffle nouveau à Val d’Isère. Malgré son image et son rayonnement international, notre station avait quelques fragilités préoccupantes pour l’avenir.

Nous avons construit notre projet de développement et de requalification de la station sur « l’ADN de Val d’Isère », c’est-à-dire un ensemble de valeurs qui font notre spécificité et notre état d’esprit :

  • La vie de village et le bien-être de la vie quotidienne à Val d’Isère ;
  • La valorisation d’un environnement naturel de haute montagne exceptionnel ;
  • Le renforcement d’un domaine skiable de réputation internationale et la promotion d’une pratique du ski exceptionnelle, berceau naturel des grandes compétitions mondiales ;

Ces valeurs, nous les avons traduites dans un schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme, adopté par le Conseil municipal dès 2009. C’est un filtre à travers lequel nous vérifions en permanence la pertinence et la cohérence de nos décisions, depuis le mode de traitement des ordures ménagères, jusqu’à nos choix d’urbanisme les plus marquants : la piétonisation du centre station, les recherches sur un transport en commun en site propre, l’ouverture de la ZAC du Coin, le projet de rénovation du quartier de la Daille.

Nous travaillons tous les jours avec un objectif de station renouvelée à l’horizon 2020.

Sébastien Clert : Le premier point était de repenser toutes les mobilités dans la station avec la remise en cause des plans de circulations et de toute la politique de stationnement des voitures. Le coeur même du projet s’est concrétisé par la création d’un transport en commun moderne de type tramway sur une emprise dédiée, avec une déviation de la route départementale et un report du trafic automobile en périphérie de la station.

Dans un second temps, repenser la plaine de la Daille qui est un vrai point noir dans la station. Cet endroit fait un lien incohérent entre le coeur du village et le hameau de la Daille, alors qu’il s’agit de l’unique porte d’entrée de la station. L’idée est de retravailler cette plaine avec un projet paysager très qualitatif qui s’appuie sur le nouveau tramway en site propre et dont le fondement est la requalification de l’Isère, pour une valorisation en toute saison, et spécialement l’été. Cela passe par la création d’un véritable « front d’Isère », à l’image des fronts de mer balnéaires, avec des promenades le long du littoral, le réaménagement des berges, le reprofilage du lit majeur de l’Isère avec la création de zone d’épandage des crues, la suppression de tous les parkings aériens, des aires de dépôts sauvages et du déplacement vers le sud de la station de la dropping zone hélicoptère.

Pour finir, une fois que l’on a recréé le liant entre le village et le hameau de la Daille et que l’on a su gérer le stationnement des véhicules par plusieurs parkings relais silo, l’idée est de renouveler les hameaux anciens sur eux-mêmes. Cela concerne le coeur du hameau de la Daille et la zone du Coin en plein centre ville. Des démolitions et des reconstructions sont obligatoires avec un remembrement parcellaire qui permet d’offrir une nouvelle cohérence et une nouvelle qualité urbaine au profit des usagers de la station et notamment les skieurs, les piétons…

Lors des championnats du monde de Ski 2009, des tests de fonctionnement urbains alternatifs ont été faits : quels ont été les résultats et les préconisations ?

MB : Les Championnats du monde FIS de Ski Alpin 2009 ont été un véritable « laboratoire » grandeur nature pour tester des projets et des solutions pour l’avenir. Nous avons lancé « Val en Blanc » – la piétonisation et l’enneigement du centre de la station – qui a enthousiasmé toute la presse européenne, et que nous poursuivons depuis.

Nous avons renforcé le système de navettes et de bus propres pour faciliter la vie de nos milliers de visiteurs et les dissuader de recourir à la voiture individuelle. Nous avons travaillé avec l’ensemble des transporteurs pour démontrer que l’on pouvait venir en station aisément, et skier « sans voiture ».

Ces expériences renforcent ma conviction. La station de demain sera une station presque sans voitures, où le plaisir de skier sera égal à celui de vivre « en pleine nature » loin des embouteillages et du stress que nos visiteurs connaissent toute l’année dans les grandes métropoles. A Val d’Isère, nous avons le goût de la performance et de la réussite : nous relevons ce défi avec enthousiasme !

SC : La gestion de l’événement des Championnats du monde 2009 de Ski nous permet de bénéficier d’une expertise grandeur nature sur l’application de stratégie urbaine. Le nouveau schéma de déplacement de Val d’Isère 2020 avec une réorganisation des sens de circulation et des stationnements a ainsi pu être éprouvé.

L’usage de bus électriques, la mise en place de sens uniques de circulation, des nouvelles contraintes en termes d’horaires de livraison dans le village ainsi que le concept de «Val en blanc», ont été une véritable réussite et traduisent la pertinence du schéma directeur et la capacité de la station à transformer l’essai dès les hivers prochains.

Le positionnement mondial de premier plan de la station de Val d’Isère est une opportunité formidable pour nous concepteurs, car c’est une station en perpétuelle démarche d’innovation concernant son fonctionnement et les services offerts à sa clientèle. C’est un contexte propice à la création urbaine.

La vie de la station va-t-elle changer ?

MB : Oui et dans le bon sens ! Nous sommes une station premium, accueillante, confortable et sportive, où l’on pratique un ski de grande qualité. Nous nous organisons pour répondre et anticiper les besoins de nos clients, et nous voulons être un « incontournable » du bien être et de la remise en forme. Le milieu de la haute montagne représente un atout considérable pour nous, l’hiver…. comme l’été.

SC : Le projet porté par la mairie est ambitieux à plusieurs titres et la qualité de vie quotidienne dans Val d’Isère va en effet s’améliorer. Les études en cours ont permis à toute l’équipe tant du côté des experts que des élus d’avoir une connaissance fine et partagée des risques naturels et des contraintes physiques. Une cartographie technique très précise, des avalanches, des crues torrentielles, des zones de chutes de blocs, a ainsi pu être élaborée. Cet état des lieux nous permet de travailler aujourd’hui sur des parcelles stratégiques dédiées et adaptées pour accueillir les futurs aménagements. Pour le hameau de la Daille, nous réfléchissons à des concepts urbains et architecturaux qui mettent en scène l’architecture avaline comme l’a été, à la fin des années 80, le projet central de Val Village. Nous y ajoutons une démarche moderne dont le développement urbain durable en est le fondement. Nous travaillons actuellement sur la faisabilité économique et sociale de ces projets. Innovations technologiques dans les transports des personnes, bâtiments écologiques et autonomie énergétique, recours aux énergies renouvelables, valorisation des matériaux locaux sont autant de pistes étudiées à ce stade.

Le concept architectural devra avoir des contours plus définitifs au début de l’été 2011.