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Réhabilitation faculté necker : interview de Gilles Ragot, architecte historien
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Réhabilitation faculté necker : interview de Gilles Ragot, architecte historien

Interviews 03/03/13 | 08:45

Réhabilitation de la faculté Necker par l’agence d’architectes Patriarche & Co, Interview de Gilles Ragot, architecte historien

Comment aborder la réhabilitation de la faculté de médecine Necker ?
Gilles Ragot : « Travailler sur l’existant, quelle que soit sa qualité patrimoniale, implique les mêmes contraintes et la même attention que
l’intervention sur un site supposé « vierge ».
Il s’agit d’analyser au préalable, avant toute proposition, les qualités du lieu, de révéler son identité et d’identifier, aussi clairement que possible, les dispositifs architecturaux existants qui traduisent et matérialisent ces qualités. Ce n’est pas autre chose, il me semble, que ce que Patriarche & Co nomme le « génie du lieu ». L’existant n’est qu’une variante du contexte.
La faculté de médecine Necker a ceci de particulier qu’elle est également signée de la main d’un architecte renommé, André Wogenscky dont l’oeuvre est majeure et dont l’aura est amplifiée car il fut pendant 20 ans, de 1932 à 1952, le chef d’agence de Le Corbusier.
La faculté de médecine Necker est donc aussi un témoignage majeur de l’héritage de celui qui a marqué, comme nul autre, l’histoire de l’architecture contemporaine. On mesure donc combien, dans ce cas, les architectes chargés de sa réhabilitation marchent sur des oeufs, car tout le monde les attend au tournant. De ce point de vue, il faut souligner que l’initiative prise par Patriarche & Co de faire appel à un historien pour conduire une étude préalable visant à resituer cette oeuvre dans son contexte historique, à établir ce qu’il était lors de sa livraison et à restituer ce que fut son évolution jusqu’à aujourd’hui est une démarche encore trop rare. Elle fait évidemment émerger de la connaissance sur l’édifice, mais ajoute également une « couche » supplémentaire de contraintes.
Mais comme aimait à le dire Le Corbusier, l’ancien patron de Wogenscky, « l’architecture est la mise en ordre des contraintes ». Toute
contrainte nouvelle peut donc devenir une force de projet. »

Comment intervenir dans un ouvrage comme celui-ci sans le dénaturer ?
GR : « Vous employez le verbe « dénaturer » à juste titre. Comme je l’indiquais précédemment, il s’agit en premier lieu de cerner les contours de cette nature du projet de Wogenscky, d’entrer dans sa logique de projet, d’identifier son vocabulaire architectural.
Une fois ce travail établi, la solution ne réside cependant pas dans le pastiche, ni dans le mimétisme. Il s’agit plutôt de conserver les principes de projets, les intentions qui ont été celles de l’architecte d’origine. Je souscris à l’approche de l’architecte italienne Gae Aulenti qui disait « Le risque, lorsqu’on travaille sur un édifice historique, c’est précisément de le regarder de façon historique, de subir les conséquences stylistiques et de tomber dans l’anecdote d’images. Si l’on regarde l’édifice au contraire comme une géographie, un terrain, un paysage, non comme un paysage Renaissance ou Romantique, plutôt une topographie, on ne retient que des éléments physiques
très concrets : certains axes, certaines dimensions, certaines liaisons, des passages d’un lieu à un autre, des volumes, des noeuds.
Si l’on regarde l’édifice avec cet oeil, on ne s’oppose pas alors à l’oeuvre de l’architecte qui vous a précédé, mais on agit librement, sans faire de pastiche ». Cette approche est d’autant plus légitime dans le cas de la faculté de médecine Necker qu’il s’agit d’un édifice toujours dans son activité d’origine : il est vivant. Il s’agit donc de préserver en premier lieu cette vie. Cet édifice est un outil au service de l’enseignement et de la recherche. Il doit le rester et l’objet de la réhabilitation est d’abord de préserver cette activité première pour laquelle Wogenscky l’a conçu. Cela implique donc de considérer en premier lieu les contraintes nouvelles qui sont liées à l’évolution de l’enseignement et de la recherche sur près de quatre décennies. »

Comment intervenir dans un ouvrage comme celui-ci sans le dénaturer ?
GR : « Vous employez le verbe « dénaturer » à juste titre. Comme je l’indiquais précédemment, il s’agit en premier lieu de cerner les contours de cette nature du projet de Wogenscky, d’entrer dans sa logique de projet, d’identifier son vocabulaire architectural. Une fois ce travail établi, la solution ne réside cependant pas dans le pastiche, ni dans le mimétisme.
Il s’agit plutôt de conserver les principes de projets, les intentions qui ont été celles de l’architecte d’origine. Je souscris à l’approche de l’architecte italienne Gae Aulenti qui disait « Le risque, lorsqu’on travaille sur un édifice historique, c’est précisément de le regarder de façon historique, de subir les conséquences stylistiques et de tomber dans l’anecdote d’images. Si l’on regarde l’édifice au contraire comme une géographie, un terrain, un paysage, non comme un paysage Renaissance ou Romantique, plutôt une topographie, on ne retient que des
éléments physiques très concrets : certains axes, certaines dimensions, certaines liaisons, des passages d’un lieu à un autre, des volumes, des noeuds. Si l’on regarde l’édifice avec cet oeil, on ne s’oppose pas alors à l’oeuvre de l’architecte qui vous a précédé, mais on agit librement, sans faire de pastiche ». Cette approche est d’autant plus légitime dans le cas de la faculté de médecine Necker qu’il s’agit d’un édifice toujours dans son activité d’origine : il est vivant. Il s’agit donc de préserver en premier lieu cette vie. Cet édifice est un outil au service de l’enseignement et de la recherche. Il doit le rester et l’objet de la réhabilitation est d’abord de préserver cette activité première pour laquelle Wogenscky la conçu. Cela implique donc de considérer en premier lieu les contraintes nouvelles qui sont liées
à l’évolution de l’enseignement et de la recherche sur près de quatre décennies. »

Quelles sont les qualités exceptionnelles de ce bâtiment ?
GR : « Ces qualités ne sont pas toutes exceptionnelles, mais elles sont d’une grande cohérence et s’inscrivent pleinement dans l’histoire de l’architecture moderne dont l’édifice est un témoin de qualité. Il serait réducteur de les résumer en quelques mots, mais il me semble que ces qualités principales qui fondent le projet sont d’abord celles d’une écriture éprise de simplicité :
Wogenscky joue de l’opposition de formes primaires, d’une géométrie simple et en tire une composition d’une grande clarté dans le contraste entre le socle et la tour, avec entre les deux ce grand espace vide et transparent. La seconde qualité me semble être la maîtrise et la mise en scène de la circulation sur le parvis et dans l’édifice.
Wogenscky a conçu un rez-de-chaussée d’une grande transparence qui prolonge l’espace du parvis. Cette transparence allège l’impression de masse qui se dégage de la tour, offre une multitude de contacts visuels entre intérieur et extérieur, et permet une véritable promenade architecturale amplifiée par les deux grandes trémies d’origines qui met en contact l’espace d’enseignement du sous-sol et le hall d’entrée. Enfin, et sans être exhaustif, j’ajouterai aussi l’attention accordée par Wogenscky pour introduire des éléments de rupture de perturbation dans
une composition très ordonnée, grâce à sa gamme personnelle de couleurs, mais aussi grâce aux sculptures de Marta Pan. »

A-t-il été fragilisé par des adjonctions apportées au fil du temps ?
GR : « Certaines de ces qualités ont disparu, ou ont été amoindries, mais toutes ces altérations sont probablement réversibles. La principale transformation est le comblement progressif du rez-de-chaussée. A l’origine Wogenscky conçoit cet espace comme une sorte de place publique intérieure où l’on passe, on l’on stationne pour discuter, rencontrer des amis, et d’où l’on repart pour aller à l’administration, descendre vers les espaces d’enseignements que l’on domine et que l’on voit par les deux grandes trémies, ou simplement ressortir. Mais l’une des trémies a été comblée pour regagner quelques dizaines de mètres carrés, et tous les espaces d’agrément et de circulation le long des façades de verre ont été comblés par quelques bureaux. C’est probablement l’altération majeure avec l’ajout du court de tennis sur la dalle à l’arrière du bâtiment et toutes les adjonctions techniques parasites qui altèrent profondément les abords de l’édifice. Les modifications de cloisonnement dans les services de l’administration ou dans les étages de la tour ne sont pas dramatiques car elles ne remettent pas en cause les qualités premières de l’édifice et s’inscrivent dans cet esprit de modularité et de flexibilité voulu par Wogenscky pour ces espaces de travail. »