go back
Accueil » Blog » Regards croisés Foyer Notre Dame des Sans-Abris

Regards croisés Foyer Notre Dame des Sans-Abris

Interviews 14/12/10 | 10:43

Foyer Notre dame des Sans Abris - Lyon - La maison de RodolpheRegards croisés Maître d’ouvrage + Architecte

Alexandre Frédéricq, Directeur du FNDSA et Xavier Patriarche, Architecte associé.

1/ Pouvez-vous nous resituer le contexte du projet ? Quelles étaient les demandes du Maître d’ouvrage ?

Alexandre_fredericqAlexandre Frédéricq : « Ce projet est né de la volonté d’Alain Mérieux de proposer un habitat adapté à des jeunes S.D.F. vivant avec leurs chiens, et dans le même temps, que cet habitat soit exemplaire à plusieurs titres, modulaire et industrialisable, écologique et beau, au sens où il avait pour obligation de mettre en valeur les personnes qui l’habitent.

C’est donc un contexte très particulier, qui plus est parce que le futur gestionnaire et utilisateur des locaux que nous sommes, a eu la chance de pouvoir faire part de ses besoins et de ses intentions dés la naissance du projet à l’architecte et au maître d’ouvrage, afin de réaliser « un produit sur mesure ». Cela a été pour moi une expérience passionnante et enrichissante. »

Xavier_Patriarche_architecteXavier Patriarche : « Au début de l’année 2009, lors d’une rencontre entre Alain Mérieux et Jean-Loup Patriarche, il est évoqué le projet d’un foyer pour sans abri. Début février, Alain Mérieux invite Alexandre Fredericq, Directeur du Foyer Notre Dame des Sans Abri et Jean Loup Patriarche, à se rencontrer et à relever le défi suivant : inventer un nouveau mode d’hébergement pour des personnes sans abri avec animaux qui soit fonctionnel, esthétique, modulable et reproductible et qu’il s’inscrive dans les exigences de développement durable. L’agence patriarche & Co décide d’utiliser ce thème lors d’un Workshop interne : les salariés se regroupent en équipes pluridisciplinaires et travaillent alors autour de la même problématique. Le challenge est lancé et plusieurs projets potentiels émergent. »

2/ Pour vous, en quoi la maison de Rodolphe est-elle une conception novatrice ?

AF : « La Maison de Rodolphe est novatrice de notre point de vue parce qu’elle est destinée, dès sa conception, à accueillir une population marginale et marginalisée parce qu’elle ne trouve pas de lieu d’hébergement adapté aux personnes avec chiens. Cette population est d’habitude forcée de se séparer de son animal pour accéder à un centre d’hébergement. La Maison de Rodolphe est conçue, elle, pour que l’homme soit hébergé avec son chien dans un lieu de vie unique mais en lui garantissant de pouvoir laisser son animal en sécurité (dans un chenil prévu à cet effet) chaque fois qu’il aurait la nécessité de s’en séparer, notamment pour réaliser les démarches essentielles à sa réinsertion, le travail sur le lien à faire perdurer entre l’homme et l’animal tout en le distendant pour rendre l’homme autonome. C’est en cela novateur et cette innovation n’est possible que grâce au bâtiment et à sa conception qui le permet. »

X.P :« La conception est novatrice à plus d’un titre. Le premier est son mode constructif. En effet, la maison de Rodolphe est constituée d’unités de logements construites en 3D et en atelier. Ces unités sont entièrement équipées et meublées avant d’arriver sur site. Elles viennent ensuite se loger dans une station d’accueil en structure bois qui est montée sur site. Cette structure comme une immense étagère supporte le toit et contient l’intégralité des équipements techniques tels les centrales d’air, les pompes à chaleurs etc… L’avantage de ce mode constructif est sa rapidité de montage car, pendant que les logements se montent et s’équipent en atelier, la structure d’accueil est préfabriquée et l’ensemble se monte sur site. Il ne reste plus qu’à connecter les réseaux de fluides qui irriguent la structure.

Le deuxième point est le processus de conception industriel qui n’est pas habituel en architecture. Ici nous avons travaillé de concert avec des entreprises et industriels. Ce mode de conception demande une grande anticipation et une rigueur au vu de la rapidité de montage. Lorsque les commandes sont lancées, les retours en arrière ou les modifications sont difficiles. Dans un chantier classique les corps d’état interviennent les uns après les autres et les choix ou les détails se règlent tout au long du chantier. Là, tout doit se monter en parallèle et s’assembler sur place. La grande différence pour le client, c’est l’obligation de se rendre compte de ce qui va se construire sur plan et non sur site. Quand tout arrive, il est difficile de rajouter ou de modifier quoique ce soit. »

3/ L’architecture modulaire est-elle une nouvelle solution de construction pour de nouveaux modes d’hébergement?

Foyer_notre_dame_des_sans-Abris_architecture_modulaireAF : « L’architecture modulaire est depuis très longtemps utilisée par les structures d’hébergement mais plutôt dans la version « bas de gamme ». En effet, il est courant de récupérer des « baraques de chantier » afin d’organiser une structure d’hébergement précaire sur des terrains vagues. C’est souvent un choix contraint et forcé faute de temps et d’argent. La Maison de Rodolphe, elle, a fait le choix de la construction modulaire au sens noble du terme, avec pour objectif de s’adapter aux personnes hébergées parce que c’est un mode de construction souple et transformable. Ce n’est donc pas un choix contraint mais une véritable opportunité.

Enfin, l’architecture modulaire est sans aucun doute une solution adaptée pour des types d’hébergement expérimentaux nécessitant des remises en cause et des adaptations régulières permises par ce type de construction plus libre et plus souple. »

X.P : « Oui l’architecture modulaire va répondre à de nouveaux besoins. Nous sommes dans un monde de l’immédiateté, les décisions politiques changent du jour au lendemain. Vous pouvez avoir des projets qui végètent pendant des années et tout à coup une demande urgente de logements, de chambres d’internat, ou de logements étudiants. La construction modulaire permet de répondre à certains programmes de façon efficace en un temps record. Par contre, il ne faut pas sombrer dans une standardisation à outrance qui homogénéiserait l’architecture.

Il ne faut pas retomber dans l’écueil de la reconstruction qui a produit des barres uniformes et gigantesques afin de répondre seulement à de la quantité et de l’urgence. Il y a une place pour un processus de conception rodé et efficace qui après une fine analyse des besoins et du site va mettre en œuvre un système constructif adapté et déjà éprouvé.

C’est là que le principe de la maison de Rodolphe est original, il est industrialisable et adaptable à toutes sortes de contraintes. Une fois terminé, il ne ressemble pas à de la construction modulaire. »

4/ Quels sont, selon vous, les avantages de l’industrialisation ?

Foyer_NDSA_maison_Rodolphe_sept201005AF : « L’industrialisation a été retenue pour permettre, si nécessaire, le montage d’opérations dans des temps très courts et notamment en direction de personnes sans abri à cause de grandes catastrophes type « tremblement de terre, tsunami, … ». C’est donc bien un avantage de disposer à l’avance de ces modules préfabriqués. Par ailleurs, l’industrialisation permet de travailler en temps caché et de raccourcir les durées de chantier, celui-ci n’a duré que 6 mois. Enfin, pour des organisations telles que les nôtres, associatives et humanitaires, au budget serré, l’industrialisation permet d’abaisser sensiblement les coûts de construction. »

X.P : « Plus que l’industrialisation, c’est la préfabrication qui a de l’avenir. Nous pensons qu’elle va améliorer la qualité des produits et la rapidité de montage sur site. Nous entrons dans une ère où les bâtiments doivent répondre à des normes de plus en plus complexes avec de moins en moins de tolérances. En témoignent les tests d’étanchéités, les tests à la caméra thermique, les nombreuses réglementations pour les personnes à mobilité réduite. Il n’y a plus de place à l’improvisation du chantier. Aujourd’hui, la souplesse du chantier ne fait plus le poids devant la complexité des nouvelles constructions. La préfabrication présente deux autres avantages indéniables, tant d’un point de vu social que d’un point de vu environnemental. En effet, nous pensons que la préfabrication en atelier risque de changer la perception des métiers du bâtiment et donc d’attirer plus facilement les jeunes vers cette filière. Il est plus confortable de travailler en atelier que sur chantier soumis aux intempéries. De plus l’organisation du travail est plus motivante avec moins d’aléas et plus de maîtrise des outils et des matériaux. Il ne reste plus qu’à aller sur site pour faire du montage à la mode « Ikéa » ; on se rapproche de la mécanique.

D’un point de vu environnemental, il est évident que l’on maîtrise mieux les quantités de matières. On rationnalise la construction. On peut être plus exigeant sur la qualité et la provenance des matériaux. La gestion des déchets est exemplaire. La rapidité de montage sur site et la grande proportion de construction en filière sèche réduisent considérablement la durée du chantier et les nuisances induites. Ceci nous amène à une prise en compte du confort du voisinage qui n’a aucun rapport avec une construction classique.

Certains pensent que l’on risque de perdre l’ambiance unique et conviviale des chantiers. Mais rassurez-vous, tout ne pourra pas être préfabricable. Tous les terrains, toutes les architectures ou tous les programmes ne s’y prêteront pas. Et qui nous dit que dans les ateliers l’ambiance ne pourrait pas être conviviale ? »