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Interview Xavier Patriarche - Genzyme

Zooms 27/10/09 | 10:48
Panneaux photovoltaique

Genzyme - Panneaux photovoltaïques

1/ Quel est le contexte du projet et l’approche de l’agence?

Xavier Patriarche : Genzyme est une société américaine de biotechnologie qui fait partie des leaders mondiaux dans son domaine. Implantée à Champagne-aux-Monts-d’or, Genzyme a décidé de construire un nouveau site de production à Lyon dans le quartier de Gerland. Très attachée au développement durable (le siège social de la société situé à Cambridge aux Etats-Unis est d’ailleurs certifié LEED PLATINIUM, le plus haut degré du développement durable Nord-Américain), Genzyme a souhaité suivre une démarche identique sur ce projet. Le bâtiment est aujourd’hui en cours de
certification NF- démarche HQE bâtiments tertiaires (certivea) avec 14 cibles au maximum (13 Très Performantes et 1 Performante) ce qui est une première en France. De la même manière, le bâtiment devrait être certifié LEED Gold ou Platinium sans que cette contrainte ait été intégrée au départ.
Nous avons essayé de travailler l’image de ce bâtiment depuis l’entrée de Lyon et notamment son insertion urbaine dans le quartier. Un bâtiment de production n’est pas forcément facile à intégrer, surtout la partie utilités (utilities) assez disgracieuse puisque le procès nécessite de nombreuses évacuations. L’idée de départ était de créer une façade sur rue « urbaine » que nous avons appelée mur écran. C’est une façade qui vient intégrer l’ensemble du bâti dans la ville et masquer l’ensemble des procédés. Nous avons voulu réserver un maximum de terrain pour une future extension, ce qui a donné un bâtiment très linéaire côté rue et un bâtiment d’utilité côté ZAC qui servira aussi à terme pour l’extension.

2/ Pouvez-vous nous expliquer le concept de la double peau ?

X.P : Ce mur écran, dont on a parlé précédemment, n’a pas qu’une fonction de façade, de vitrine ou d’insertion urbaine. On s’en est d’abord servi comme mur acoustique vis-à-vis des bureaux puis comme une véritable façade bioclimatique. Une double peau est une deuxième façade (ici vitrée), devant la vraie façade du bâtiment. Nous avons deux façades séparées de presque 1 mètre en largeur, ce qui permet en été de protéger les stores brise-soleils installés devant la façade principale. En effet, l’efficacité des stores est prouvée lorsqu’ ils se trouvent à l’extérieur de la façade pour stopper les rayons du soleil. Le seul défaut est lorsque qu’il y a du vent : les stores doivent être relevés pour ne pas les abîmer (surtout à Lyon où il y a de très belles journées ensoleillées mais ventées). Il était important de trouver un équilibre entre le confort et la liberté des employés d’une part et la sobriété énergétique du bâtiment d’autre part. Nous avons donc opté pour une solution intermédiaire : l’ouverture et la fermeture des stores est automatisée le matin, le midi et le soir. Ces trois manipulations permettent de gérer les oublis des salariés qui restent libres de commander les stores à tout moment.
Afin d’éviter la surchauffe prévisible avec une double peau orientée sud-sud ouest, en été, nous avons installé des vantelles. Ces vantelles s’ouvrent complètement l’été en haut et en bas et permettent une ventilation naturelle. Le renouvellement d’air de la double peau est d’environ 90 000 m³/h. Celui-ci a été calculé par Valentin Trillat, docteur en énergie. L’hiver, c’est le même phénomène qui est utilisé : la surchauffe générée dans la double-peau (restée fermée) est utilisée comme air préchauffé dans les centrales d’air en toiture. Le calcul théorique de Valentin nous indique une économie de 4 % sur l’ensemble des consommations du bâtiment bureaux.

Double peau

3/ Comment avez-vous intégré les objectifs de développement durable dans ce projet ?

X.P : La demande de certification HQE du bâtiment n’a pas été faite d’emblée, à la conception. Nous avions simplement remarqué que leur siège social était certifié aux Etats-Unis. Lors de la conception, nous avons intégré tout ce que j’ai dit précédemment : la double peau… puisque dans le HQE il y a 14 cibles qui vont de l’énergie, l’acoustique, le confort… à l’implantation dans le site, la gestion de l’eau… C’est quelque chose qui, à l’agence, se fait naturellement. Le jour où nous avons décidé de certifier le bâtiment, en juillet 2007, la conception avait commencé depuis août 2006. Au final, nous n’avons rien changé pour atteindre les 14 cibles, si ce n’est quelques détails techniques. Les deux premiers audits HQE montrent que le bâtiment est bien certifié HQE en très performant. C’est une première française.

Nous avons intégré les objectifs de développement durable de cette manière :
- La bonne utilisation du terrain
- L’implantation du bâtiment en fonction des vents dominants pour ne pas faire barrière aux vents
- La lumière naturelle. C’est un élément essentiel à notre projet. Tous les bureaux sont traversants et donnent en façade et sur la zone de circulation intérieure. Cette circulation donne sur un atrium qui lui-même est baigné de lumière naturelle par une toiture en SHED qui permet de capter la lumière du nord comme dans les anciens ateliers de manufacture. Cela procure donc une ambiance lumineuse naturelle très confortable. (L’atrium sert également au niveau thermique puisque c’est un espace tampon. Pour le désenfumage d’un atrium, on a besoin d’avoir des exutoires en toiture. Ces exutoires, nous les avons conçus pour qu’ils puissent aussi servir en ventilation naturelle. La nuit, en ouvrant les vantelles de désenfumage en toiture et en sous-sol, on peut effectivement évacuer la chaleur de l’atrium. Il y aura donc une circulation d’air la nuit sans risque d’intrusion dans le bâtiment. )
- L’éclairage artificiel. Les bureaux n’ont aucun éclairage en plafond. Nous sommes partis sur un système de lampadaire individuel avec une gestion
automatisée de l’éclairage, géré en fonction de la luminosité et en fonction de la présence ou non de l’utilisateur. Lorsque la lumière est suffisante à l’intérieur, le lampadaire ne s’allume pas. L’intégralité des sanitaires et des locaux sont gérés à la détection de présence. La luminosité du hall est réglée par une horloge, une détection de lumière et une détection de présence. Quasiment l’intégralité des sources lumineuses sont à basse consommation.
- La modularité. Dans notre conception, nous avons regroupé les locaux durs en plateaux libres avec des cloisons modulables que l’on peut monter et démonter en fonction des besoins de l’administration et du bâtiment industriel.
- Les matériaux. A l’extérieur, le verre et l’aluminium. L’aluminium nécessite, il est vrai, une grosse consommation d’énergie à la fabrication, mais il reste un matériau recyclable à l’infini. Tous les bois utilisés sont soit FSC soit PEFC. Nous utilisons au maximum des essences européennes.
- Au niveau thermique. Le bâtiment bureau a une structure en béton, isolée par l’extérieur, ce qui nous permet, outre le fait d’arrêter la chaleur avant
pénétration, de profiter de son inertie pour le confort hygrothermique du bâtiment. Au sol, du Grès Cérame. Dans les bureaux, des moquettes labellisées GUTH, moquette allemande en fibres complètement recyclées et recyclables. Pas d’utilisation du sol PVC si ce n’est dans l’activité laboratoire et production. Toutes les cloisons modulaires sont en acier ou en verre. Nos logiciels nous ont permis d’optimiser certains objets architecturaux du bâtiment, en verre. Par exemple, le sas d’entrée, qui après calcul ne paraissait pas optimum au niveau confort. Nous avons pu justement rectifier notre dessin et changer la conception du sas. De même pour l’escalier de secours sud. Nous avons installé des ouvrants de ventilation naturelle, disposés en fonction d’un calcul de nos ingénieurs en énergie.
- Acoustique. C’est une cible très difficile à atteindre dans un bâtiment de bureaux. La fabrication de cloisons spécifiques apportées d’Allemagne a été nécessaire.
- Energies renouvelables. Sur la toiture nous avons implanté des fermes photovoltaïques de 2500m² qui recouvrent l’intégralité de l’espace libre.
- Les espaces extérieurs. Le choix s’est porté sur des plantes locales variées pour minimiser au maximum leurs caractères allergisants. D’autre part nous avons utilisé des prairies fleuries qui nous permettent d’importer très peu de terre végétale. A noter que l’intégralité de ce parc n’a pas besoin d’arrosage autre que les pluies saisonnières. Le maximum des eaux est infiltré, via des noues paysagères. Nous allons limiter le plus possible les surfaces enrobées, aux livraisons techniques du bâtiment rejeté à l’arrière du site et aux voiries d’accès au stationnement.

Le reste du site est en pavage, ce qui permet d’infiltrer en partie les eaux.