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"Douleur exquise" de Sophie Calle

Melting pot 23/12/09 | 16:05

mob47_1196718349Sophie Calle, artiste plasticienne, photographe, écrivain et réalisatrice française, raconte sa rupture amoureuse, comme elle raconte les lieux, la vie des gens qui habitent. Dans son livre de tissu gris, et sur ses pages aux tranches teintées de rouge, « Douleur exquise » se donne à lire comme une confidence.

De page en page, elle raconte, son histoire « banale » en la confrontant à d’autres histoires qui ne sont pas à elle. Plus les pages se tournent, plus le récit s’épuise. Plus le lecteur la lit, puis l’information devient sommaire, perd de ses détails, allège sa confession. Comme si à force de la raconter, jour après jour, elle épuisait sa propre histoire ou le souvenir qu’elle en garde.

Aux mots qu’elle éjecte de la phrase, s’ajoute de page en page l’effacement progressif de l’encre sur le papier : les mots deviennent durs à deviner, presqu’impossibles à lire. Vous finissez le nez collé à la dernière page, pour tenter de découvrir, voir, volé, ce qui lui reste en mémoire, de cette histoire. La force du travail de Sophie Calle réside là, dans le moment où elle vous prend par le bras pour vous conduire.

sophie calle 1Elle emmène là où la vie des gens existe, dans leur quotidien, qu’elle regarde sans jugement.

Elle observe, note, liste et collectionne.

Des tas de listes, listes des affaires laissées dans une chambre d’hôtel, liste des cadeaux reçus à son anniversaire… Listes du banal, qu’elle expose. Et c’est drôle, car du moment où cette liste s’expose, ces banalités deviennent sacrées.

Sacrées parce qu’elle les met en scène, pour les rendre belles ou évidentes, mais aussi sacrées parce qu’enfin, elle parle de nous, de toi, de moi. A cela s’ajoute un graphisme épuré, qui accompagne et porte son discours…

Chacun retiendra quelque chose de différent de ses récits qui ne se lisent presque pas, tellement ils sont parcourus.

Elle rend juste hommage à la sphère de l’intime.