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Environnement et Innovation

Interviews 30/09/09 | 18:19

reinach

Regards croisés  Architecte + Ingénieur

Xavier Patriarche Architecte Directeur général délégué

Valentin Trillat Ingenieur Docteur en energies


Parlez nous du développement durable à l’heure actuelle ?

Valentin Trillat : La priorité est au développement durable. « Le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs », Gro Harlem Brundtland, présidente de la commission mondiale sur l’environnement et le développement. ONU, 1987. Construire en appliquant cette notion est devenu indispensable. A la base pour des raisons écologiques afin de préserver autant que possible les ressources et l’état de la biosphère. Mais aussi obligatoirement en raison des coûts énergétiques sans cesse croissants, des nouvelles taxes carbones (ou autres), et des dernières réglementations. Il est très probable, en raison de la morosité économique mondiale actuelle, combinée à la crise écologique que nous commençons à vivre, que seules les entreprises s’investissant pleinement dans le développement durable seront les mieux parées pour faire face à l’avenir.

Xavier Patriarche : Certains voient une antinomie entre la notion de développement et de durabilité écologique. Le développement pour nous n’est pas forcément synonyme de surconsommation et gâchis. Nous voyons plutôt dans ces termes, les notions d’évolution et d’adaptation pour répondre aux enjeux de notre temps. Le développement est une notion qui s’inscrit dans le temps et, plus il est durable, moins son impact sur l’environnement est perceptible. Le développement durable c’est la mise en adéquation des besoins et des réponses d’une manière éclairée dans un contexte social et économique donné. On ne peut pas se limiter à aborder le développement durable par le seul coté énergétique. Je vais prendre un exemple parlant. Changer de voiture pour une voiture neuve qui consomme moins est plus producteur de CO2 que de garder sa vieille voiture (la fabrication et mise en service d’une voiture équivalant en termes de rejet de CO2 à sa consommation durant toute sa phase d’utilisation). Par contre les améliorations, en termes de sécurité et d’émission d’autres polluants qui agissent directement sur la santé humaine, sont réelles. Ce qui veut bien dire que le développement durable se doit avant tout de ne pas céder aux sirènes de la mode, mais bien d’être le garant du bon sens au service de l’homme.

Peut-on parler, selon vous, d’architecture responsable ?

V.T : Oui, car les nouveaux bâtiments conçus ou rénovés répondant au critère de développement durable, garantissent l’utilisation de matériaux sains (ne présentant pas de risques pour la santé), écologiques (limitation des produits chimiques) et nécessitant peu d’énergie grise (énergie nécessaire à leur fabrication et transport). L’enjeu majeur est également de garantir le plus faible bilan énergétique possible, grâce à l’optimisation de l’enveloppe du bâtiment (isolation, orientation des baies vitrées, protections solaires…), des systèmes énergétiques utilisés (chauffage, ventilation, éclairage…) et au recours aux énergies renouvelables (solaire, géothermie, biomasse…). Il faut également penser à la déconstruction et au recyclage du bâtiment à la fin de sa vie, dès la phase esquisse.

X.P : Mais la responsabilité de l’architecture ne se limite pas au développement durable. L’architecture se doit non seulement d’être écologique, mais aussi sociale, économique et intégrée. Ce que j’entends par là c’est qu’il ne suffit pas qu’un bâtiment soit « performant » écologiquement, il faut qu’il réponde à un besoin, pour des utilisateurs, dans un cadre budgétaire donné. Evidemment, il est de notre devoir de pousser les cibles environnementales au maximum pour sauvegarder l’état de notre planète. Mais tout cela est à replacer autour de l’être humain qui est au coeur de notre métier. Nous construisons pour le bien être de l’homme avant tout pour qu’il puisse vivre et se développer (life place, work place, public place). La pérennité du bâtiment, tant par sa tenue physique que par le maintien de sa fonction, est primordiale dans la notion de développement durable. L’intégration dans un site, la pertinence du projet en rapport avec sa fonction et l’évolution de sa fonction, la juste réponse à des contraintes sociales et économiques données, la prise en compte du confort et la qualité sanitaire des espaces, le faible impact sur l’environnement du bâtiment, c’est tout cela l’architecture responsable.

Comment cette démarche se traduit-elle concrètement dans le travail de l’agence ?

V.T : La maîtrise rigoureuse de tous ces critères fait appel, dès la phase esquisse, à une équipe de travail pluridisciplinaire composée bien sûr d’architectes, mais aussi d’ingénieurs spécialisés en thermique/énergétique, en HVAC et en électricité sur les projets les plus simples. Des projets plus complexes et plus importants demandent également, dès la phase esquisse, l’aide d’ingénieurs structures (trémies pour passage des fluides, contraintes mécaniques liées au matériel installé, etc.), de spécialistes salles blanches et fluides laboratoires, et d’experts en labels généralistes type HQE ou LEED. Cette transversalité de l’équipe de travail est aujourd’hui indispensable pour mener à bien des projets respectant le critère de développement durable.

X.P : Cependant, nous n’avons jamais vraiment changé notre mode de conception entre l’avant et l’après Grenelle. Depuis toujours, notre conception est basée sur la notion de bon sens. Qu’est-ce que le développement durable sans bon sens ? L’orientation des bâtiments et la prévision de leurs évolutions, la gestion des flux et des accès, la maîtrise des énergies, la gestion de l’eau, la pérennité des matériaux, les filières sèches, le confort des occupants, l’accès à la lumière naturelle, l’acous­tique, la modularité et la fonctionnalité sont au coeur de nos préoccupations lorsque nous abordons un nouveau programme. La vague « développement durable », nous aide cependant à faire valider des choix qui, pour des raisons économiques, n’auraient pas été acceptés aupa­ravant par les maîtrises d’ouvrages (brise-soleils extérieurs motorisés, isolation par l’extérieur, qualité des vitrages et des matériaux). Les priorités ont évolué, c’est bien à nous d’aider les clients à faire les bons choix pour ne pas céder aux effets vitrines écologiques non pertinents. Pour nous les panneaux solaires et la géothermie viennent bien après la bonne orientation, la maîtrise de facteurs solaires et des déperditions, l’étanchéité à l’air.

Pour nous, cette nouvelle ère agit plus sur la qualité des prestations mises en oeuvre que sur les méthodes de conception.

Pensez vous qu’aujourd’hui la construction moderne est avant tout une construction écologique ?

V.T : L’architecture moderne et l’efficacité énergétique des bâtiments ne font plus qu’un, et la notion d’intégration énergétique s’applique pleinement. Notre meilleur exemple est celui des façades solaires, que nous développons, et qui se basent sur le principe d’un capteur solaire à air : un vitrage intégré devant une façade opaque exposée correctement au soleil permet d’exploiter pleine­ment l’énergie solaire incidente à la façade. Ce procédé permet de préchauf­fer le bâtiment et peut fournir plus de la moitié des besoins en chaleur d’un bâtiment basse consommation ; il est prévu d’être installé sur un bâtiment de bureaux et d’hôtellerie à Massy. Un autre exemple d’intégration énergétique est le concept de double peau vitrée (appliqué au bâtiment de GENZYME à Lyon, et de STALLERGENES à Paris) dont le but est de distribuer dans le bâtiment l’énergie solaire piégée dans la double peau. Ce type de système permet de baisser de façon très significative les besoins de chauffage des locaux, en ex­ploitant simplement l’énergie solaire qui est encore trop souvent sous-exploitée sur la plupart des nouveaux bâtiments.

X.P :La construction moderne inclut l’écologie, mais n’est pas qu’écologique. La construction moderne prend en compte le facteur écologie au même niveau que les facteurs fonctionnels, économiques et esthétiques. La construction moderne se doit d’être durable. Ceci inclut l’écologie, mais surtout la pertinence du projet vis à vis d’une fonction, vis-à-vis de l’activité qu’il abrite, son développement et sa mutation éventuelle. Pour nous, la modernité se traduit par une pérennité modulable et évolutive. La construction moderne se doit d’être évolutive pour inscrire le respect de l’environnement dans la durée. Certains bâtiments des années 60 sont toujours modernes dans leur fonctionnalité et leurs capacités à être réhabilités. Le lycée Reinach, à la conception duquel l’agence avait participé, a été en­tièrement restructuré dans les normes spatiales et thermiques actuelles sans bouleversement fonctionnel ni structurel. L’extension s’est d’ailleurs inspirée de l’original tant la réponse au programme était pertinente et facile à gérer. Cette simplicité nous a permis de « mettre le l’accent » sur la qualité des matériaux, la maîtrise des facteurs solaires et des déperditions plutôt que dans des formes et des remodelages lourds pour faire rentrer le programme.

Le développement durable est moderne, la modernité n’est pas que développe­ment durable.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées dans la conception de bâtiments à basse consommation ?

V.T : La difficulté dans la conception de bâtiments basse consommation réside aujourd’hui dans le surcoût financier. Il s’agit de trouver le meilleur compromis entre architecture – mode constructif – matériaux utilisés – systèmes énergéti­ques utilisés. Un tel compromis est indispensable pour garantir un surcoût le plus faible possible. Il faut pour cela dimensionner de façon la plus fine possible les équipements techniques : surdimensionner des équipements, tels que les chaudières ou pompes à chaleur, n’est plus possible aussi bien pour des questions de coût que de bon fonctionnement du matériel à long terme, gage de bonnes performances.